Donc pour reprendre mes dires précédents la douleur est une affaire qui se joue à deux : le Maître et Sa soumise/esclave.

Le Maître reste en permanence vigilant et attentif, je dis cela car dans mon cas quand j’ai commencé à me dévoiler je n’ai pas vraiment développé le sujet, j’y suis allée sur la pointe des pieds n’ayant pas de certitudes.

1033esclaveconsentanteJ’avais très envie d’être attachée, aveuglée, maintenue à la merci du Maître, fessée, flagellée, d’explorer les côtés obscurs de ma sexualité, d’en connaître les profondeurs, les douleurs et les délices, de passer de l’envie à la réalisation. De franchir cette frontière, de sentir la morsure des lanières du martinet, la brûlure de la bougie et, et, et.

Mais en même temps j’avais peur de sauter le pas qui me plongerait au cœur de ce que j’étais vraiment, j’avais peur de décevoir mon Maître en étant pas à la hauteur de mes rêves, de ce que je prétendais être en me révélant incapable de supporter trop de douleur , de flancher. De plus comme N/nous étions tous les deux novices, mon Maître se questionnait sur la nécessité de recourir au martinet ou autre instrument pour asseoir Sa domination, Il hésitait, tergiversait, Il ne voulait pas me faire du mal pour me faire du mal. Sauf qu’ici il s’agit de repenser la relation, la bâtir sur le consentement et le respect en dépassant le mental qui résiste, ne pas écouter les petites voix moralisatrices. C’est apporter des réponses concrètes à ce que l’on se ressent être, à ce que l’on veut vivre : premier lâcher-prise, s’engager dans une nouvelle direction de vie.

V/vous noterez l’évolution depuis l’article que j’avais posté en mai 2016 : « Bonheur, douleur, N/nous et une histoire de liste »

Avec la phase d’apprentissage (ce terme est plus approprié que dressage pour des débutants comme N/nous) le Maître qui détient le pouvoir trace le chemin de progression et la douleur peut en faire partie.

2467esclaveconsentanteCette nouvelle situation de perte de contrôle par rapport à la douleur infligée est déstabilisante pour la soumise, il se produit un affrontement intérieur entre ce que nous avons rêvé et ce qui se produit dans la réalité. Premier bouleversement émotionnel par rapport aux attentes. Je VEUX un Maître puissant qui me domine, me fouette…sauf que je n’ai plus à vouloir, je dois me positionner dans l’acceptation de ce qu’Il décide, quand Il le décide SANS REGIMBER. Phase inconfortable et nouveau lâcher-prise menant au dépassement de ses limites.

Je me revois me passant en boucle des tas de beaux scénaris comme ceux que j’avais lu dans les livres, les femmes sont fortes pour ce genre d’exercice mental. Mon Maître ne les ayant pas lus ne pouvait bien sûr pas les reproduire comme je les visualisais, vous voyez la soumise rapidement maîtrisée, marquée durement, résistant farouchement aux coups cinglants de la badine, toute axée sur la dévotion au Maître, lui offrant son corps, ses larmes et plus encore… Et très mauvaise attitude de ma part, je cherchais à Le guider, attitude de souminatrice où la pseudo soumise garde le contrôle, ouf Il ne s’est pas laissé faire, Il a gardé le cap, à Son rythme comme Il voulait, me remettant à ma place, me rappelant mon choix, évitant tout dérapage.

919esclaveconsentanteEt bien les premières séances, ces premières séances que j’appelais de toutes mes forces, emplie de mon désir de découvertes, pourtant brèves et « douces » m’ont fait retomber dans le vrai. Et le vrai ça fait mal, ça fait grincer des dents quand on a jamais expérimenté ces pratiques et que l’on est pas porté sur le fait de souffrir, qu’on ne se sent pas masochiste, sans vouloir paraître chiffe molle ou douillette. Ma peau endolorie me criait sa consternation, mon esprit se rebellait en me disant : non mais c’est quoi ça ? pas du tout ce que j’ai lu, c’est du pipeau tout ça, que du déplaisir, du désarroi, du doute. Et je vous assure que mon Maître y allait plutôt mollement. Je résistais de tout mon être, mentalement et dans une crispation totale de mon corps, ce qui ne faisait que décupler la douleur au lieu de l’absorber pour en jouir. C’est l’appréhension du ressenti et mon désir inconscient de contrôler encore qui faussaient la donne, je ne m’abandonnais pas, le plaisir n’étant pas au rendez-vous, ni pour l’Un ni pour l’autre.

La solution étant de nouveau dans le lâcher-prise en prenant la situation sous un autre angle. Ceci a été possible grâce aux après séances, ces moments de paroles où on exprime en toute honnêteté ce que l’on ressent. Ce dialogue ouvert permet d’avancer autant pour le Maître que pour la soumise. Ne pas hésiter à formuler ses préférences, de cerner les nœuds de résistance, de s’interroger sur le pourquoi, de noter les progrès… C’est la non communication qui tue les relations.

Il n’y a pas de méthode miracle, c’est un travail de connaissance de soi, de construction du présent en prenant en compte la réalité de N/nos besoins respectifs dans ce domaine. Les solutions arriveront d’elles mêmes en temps voulu. Le Maître se réjouissant des réactions de sa soumise sous les « coups » infligés, sachant les doser pour l’amener là où Il veut. La soumise se réjouissant du bonheur du Maître à la dominer positivement et non se disant : bon ça ne me plait pas mais je dois le supporter pour Son plaisir (cette attitude mentale ne pouvant qu’augmenter la douleur).

946esclaveconsentante

Voir sous un autre angle c’est aussi d’être présente pendant les séances plus longues, ne pas laisser son mental dériver vers d’autres pensées. J’avoue que c’est compliqué pour moi, mon cerveau produisant des pensées simultanées, envahissantes et tenaces.

Dans mon cas une mise en scène ritualisée est bienvenue pour me faire décrocher et me vider la tête, créer une ambiance pour que je me décontracte et que j’accède à N/notre bulle, donc :

 

Avoir du temps.

Être dans un contexte calme et détendu.

Les yeux bandés c’est bien aussi, on est plus centré sur les ressentis.

Ne pas savoir, être surprise (ce qui est un des ingrédients de réussite de N/nos petites séances courtes du midi).

Me sentir à Sa merci, contrainte, m’entraver si nécessaire.

Sentir Sa détermination et Son plaisir à manier les instruments choisis, ce qui me stimule.

seana_paintoy557Cette façon de procéder N/nous convient. La curiosité aidant je m’étonne de découvrir que mon corps s’adapte et même réclame d’être un peu « martyrisé ». C’est aussi l’attrait de l’inconnu, de plonger plus profondément en soi, de s’étonner mutuellement.

Il y a aussi le fait que mon Maître connaît et contrôle de mieux en mieux mon corps, qu’Il en dévoile toutes les possibilités comme un musicien le ferait avec un instrument, savoir jouer des morceaux de plus en plus complexes et variés et ça Il ne peut le faire que si je lui en laisse le libre accès sans crainte et en toute confiance.

J’espère avoir répondu à l’interrogation de valérie, la douleur maîtrisée et pas forcément intense peut être un parcours initiatique conduisant à une jouissance partagée.

2 COMMENTAIRES

  1. Bonjour Dame de C. ,

    J’ai adoré ces deux articles sur la douleur. Je nous ai reconnu dans notre progression, et surtout dans la mienne : passer du fantasme à la réalité, vivre la douleur dans toute sa dimension, les doutes (finalement, est-ce vraiment ça que je voulais ?), les postures « souminatrices » du « je VEUX un Maître », le lâcher-prise et tous les méandres émotionnels. Vous avez su décrire parfaitement ce chemin en posant les mots justes.
    Et les fameuses pensées envahissantes ! Je vis la même chose, le cerveau qui dérape sur les tâches à faire, la vie et ses obligations, etc. et qui nous sortent de la séance. Comme vous, une ambiance, des contention, les yeux bandés, les sollicitations, m’aident beaucoup à rester dans le moment et être pleinement soumise aux désirs du Maître.
    Et que dire de cette phrase que je trouve magnifique (et mon Maître également) : « Il y a aussi le fait que mon Maître connaît et contrôle de mieux en mieux mon corps, qu’Il en dévoile toutes les possibilités comme un musicien le ferait avec un instrument, savoir jouer des morceaux de plus en plus complexes et variés ». Tout est dit…
    Merci pour ces articles très éclairants et très pertinents !

    Je vous souhaite une belle journée et je Vous présente mes humbles respects, Maître Atout,
    amazone

  2. Bonsoir à V/vous.
    Je suis heureuse que mes articles qui relatent l’évolution de N/notre relation trouvent une correspondance chez V/vous. C’est toute la difficulté de construire une nouvelle relation, chaque jour peut être incertain, mais aussi riche de nouveautés. N/nous naviguons sur une mer quelquefois très agitée !!!

POSTER UNE REPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here