Ce livre, paru cet été est arrivé en plein mois d’aout. J’avais lu Décousue, de manière un peu décousue l’an dernier. J’avais aimé autant le style, la sincérité du personnage principal, Rose qui, dans un rythme et un ton direct, nous plongeait dans ses aventures érotiques plutôt excitantes. Un bon livre extrêmement agréable à lire, un collier de perles cassé au fond d’une coupelle en verre dépoli, les perles en vrac, à piocher comme telles.

Le choc est venu avec Outrage.

esclave lina avait adoré Décousue, Je l’ai autorisé à lire Outrage avant Moi. elle ne pouvait plus le lâcher et M’en a lu des passages entiers, toute excitée pour M’exciter. Non, Je ne dirais pas lesquels ah ah. J’ai aussi ouvert le livre un peu au hasard, comme on pioche dans une boite de chocolat en se disant vivement le soir où Je vais tout dévorer et J’ai lu quelques pages. Des propos acérés, des aiguilles de réel plantées dans les apparences pour en faire jaillir le suc… ou le pus…

N/nous étions en vacances à l’étranger, sans internet. Tout ce bazar des abrutis autour du livre n’était pas d’actualité. Je savais déjà que J’avais un truc d’une force incroyable entre les mains., quel bonheur !

Je ne lis pas autant que Je voudrais alors Je Me concentre sur le vrai, l’intensité, le remarquable. En début d’été J’ai lu et porté en Moi durant de longs jours « Méridien de sang » de Cormack McCarty, la récit fondateur de l’histoire des États-Unis d’Amérique : dément, véridique, magistral d’ampleur, de travail et de talent d’auteur.

Alors forcément ces quelques pages d’Outrage M’ont emporté.

Finalement, cette Rose, comme je l’avais pressenti dans Décousue, a vraiment du nerf, les yeux grands ouverts sur elle (le contraire du pleutre médecin incarné par Tom Cruise du dernier film Kubrick) et sur la vie, ce qu’elle vit, sur la conscience échevelée d’elle-même et des êtres qui l’entourent, de près ou de loin aujourd’hui comme hier… Rose s’épanouit enfin dans ces pages et elle semble presque vénéneuse comme la belle image de la couverture du livre, un cliché de l’auteur qui est aussi photographe.

Lorsque Je décide de prendre le livre au début et de Me laisser happer par la vie de Rose sur la période couverte par son récit, Je M’installe dans le canapé du salon et Me laisse dévorer par le récit.

Je ne vais pas redire les banalités des compliments que l’on trouve ici ou ailleurs, transgressifs, grand livre, intense, noir, juste, patati et patata.. Je suis d’accord avec tout ça, mais il y a plus à dire. C’est pourquoi J’écris : parce qu’il y a plus à dire (ah, comme c’est facile pour un auteur de se faire mousser ah ah).

Le récit est un chemin de vie dans le Paris d’aujourd’hui, dans le labyrinthe de paravents des apparences plus ou moins opaques ou translucides (trans-lucides écrirait Maryssa Rachel). Ce qui choque au premier abord est l’accord parfait de style, de rythme (qui n’a rien à voir avec la cadence, on est bien d’accord n’est-ce pas ?), de sens, de poésie et d’analyse (sentimentale, sociale, politique, psycho, culturelle) dans un grand texte d’une cohérence admirable, patati et patata ! Ta ! Ta !

En 3 parties Rose se laisse tantôt dévorer, tantôt elle dévore la vie, la sexualité, les autres et la réalité. Ai Je déjà dit que la sexualité est la vie même ? Que la pulsion de mort n’existe que pour les désaxés mythomanes et autres psychopathes qui croient encore à freud ou pire encore à lacan ?

La sexualité est la vie qui, partout, déborde comme dans une forêt… Une forêt en toute saison dans le temps qui passe et qui de la pourriture fait naitre les champignons et nourrit les arbres qui vibrent dans l’air du ciel du désir d’être et de vivre. C’est quand même mieux qu’un bête champ de maïs industriel où tous les plans sont alignées dans une terre morte, tous calibrés, tous sur les marchés des capitaux ds matières premières pour nourrir les retraités américains. Prévert disait en son temps « con comme un porte-avion », aujourd’hui on ajoute « con comme un champ de maïs ».

La sexualité est partout comme la vie qui s’envole, s’extasie, qui se meurtrie et qui meurtrie, qui tantôt se cache tantôt explose, la sexualité qui crée et qui détruit, la sexualité qui pourrit et qui nourrit, comme la forêt.

Rose est vivante, joyeuse, amoureuse, hurlante, pitoyable, lucide, assoiffée, dominée autant que soumise, gourmande autant que recluse, elle vit au pays des morts de la terre sèche et morte. Mais elle est sortie des champs de maïs industriels pour entrer dans la forêt, dans la grande forêt, amoureuse d’un des Grands Loups (le sien) qui la peuple aussi.

Rose s’emporte autant qu’elle emporte le flux de la sexualité qui la dépasse et la contient comme la vie nous dépasse et nous contient tous autant que nous sommes.

Rose est mâle et femelle simultanément ou alternativement dans ses pratiques et expériences (homosexuelles ou délirantes jusqu’à la zoophilie).

Ce n’est pas un catalogue de pratiques (le sage montre la lune et l’imbécile regarde le doigt), mais un parcours d’un tumulte extraordinairement vivant comme les grands fleuves s’emportent et emportent le flux des saisons de vallée en vallée dans l’Himalaya, comme le Gange qui lui aussi porte les morts.

Rose chemine en fulgurances, en cris d’une lucidité phénoménale, dans une incroyable détresse, consciente de l’amour du monde sans le voir sans le chercher, juste le vivre. L’amour n’est pas celui dont elle parle, elle en parle comme pour mieux masquer qu’elle le vit et ne veut pas le reconnaitre. L’amour est exigeant, total, l’amour est la seule réalité du monde derrière les mythes et les contraires. L’amour n’a pas de contraire et des fois ça fait rager la petite Rose qui vit pour assembler les contraires.

Rose est l’hermaphrodite de Platon, le couple féminin masculin manifesté, le yin et le yang, Tigres et Dragons qui se pourchassent la bave aux lèvres, les crocs et les langues, le sperme mélangé de cyprine de ces deux grandes créatures mythiques tantôt mâle et tantôt femelle.

Rose est la sexualité. Rose est la vie. Rose meurt et renait transformée encore et encore, toujours entière sous l’apparence fragmentée de ses propos, elle est vouée à la vie impétueuse, délicate, violente, sensible, imprévisible, inspirée, cosmique, elle, vivante.

Elle est une figure mythologique, elle est Kali, la noire, celle du désir qui dévore les hommes et créé le monde d’une force effarante. Ce n’est pas un hasard que ce texte paraît aujourd’hui : le monde en a besoin, même s’il ne le sait pas encore (et peut-être même à cause de ça).

La vie de Mon coté M’impose d’écrire, enfin, bref, J’ai posé Outrage comme pour l’absorber, le savourer. J’ai travaillé et puis un jour « La fin du couple » de Marcela Iacub est arrivé par la poste. Petit livre bien ficelé qui, au travers une œuvre de Tolstoï « la sonate à kreutzer », décrit comment la sexualité au sein du mariage fut modelée par les institutions (et depuis, par les féministes dans le droit français) jusqu’à la schizophrénie qui gouverne aujourd’hui la perception comme l’organisation de la sexualité et du couple mort vivant (à l’image du capitalisme robot tueur bourré de cocaïne d’aujourd’hui, ça c’est Moi qui le dit hi hi). Elle termine le livre avec Charles Fourier que J’évoque dans Mon premier ouvrage en parlant d’Oneida. Je trouve parfait que ce livre arrive alors que Je digère encore l’épopée solaire autant que lunaire de Rose. Oui Marcela, le couple est mort et il est temps d’inventer ou de réinventer la suite : écrire plus, vivre plus.

Vivre plus : comme Rose.

Je vais parler de la fin.

Promis, Je ne spoile pas.

Selon Moi Rose a écrit tout ça sauf la fin. La fin c’est Maryssa Rachel qui l’a écrit, la petite Maryssa dans son petit monde peureux où les hommes sont les ennemis des femmes et inversement (ou alors son éditeur lui a suggéré la chose pour garantir l’écriture du 3ème volume qui depuis est achevé). J’avance cette idée-là parce que Je pressens la suite et l’envol définitif du récit dans le troisième à venir. Je peux Me tromper, mais finalement le retournement de cette fin ne sera peut-être encore qu’une étape vers la paix en soi et la création du monde à venir, pourtant déjà là..

Je connais un court métrage réalisé par Maryssa, on y voit un personnage victime, dans un affligeant manichéisme prémâché de haine des hommes pour les lesbiennes de supermarché ou de canal plus…
Je n’aime pas ce truc malgré une réalisation très correcte dont Maryssa n’a pas à rougir.

Toujours la même histoire : il faut en dire plus ! Voir plus grand ! Rose, au secours ! J’aime imaginer que Rose est apparue à Maryssa dans ces moments-là, après qu’elle eut brassé ses inspirations de rez-de-chaussée pour ce court métrage. Maryssa, lassée de le savoir et de le constater, s’est ouverte à plus grand en aimant Rose de cet amour qu’elle porte et c’est ainsi que Rose l’a possédée : Outrage est né porté par le travail énorme et le talent de Maryssa.

Il va être temps de constater et de reconnaitre définitivement la complémentarité ontologique de l’homme et de la femme, du masculin et du féminin de la nature dans la nature. Rose est là pour ça, pour nous aider à le reconnaître, l’admettre, l’accepter, n’est-ce pas Maryssa ? Définitivement (ah ah J’adore ce mot )

Rose est notre féminin masculin réuni dans notre monde français d’une violence inouïe : violence sociale, économique, politique, éducative, contre la nature, pour le profit et la guerre de tous contre tous, dans une injustice et un massacre silencieux et aveugle derrière les écrans et les représentations manipulées. Rose est celle qui fait voler tout ça en éclat de verre, de chair, de latex et de bouteilles de rouge. Rose qui attend le dernier ouvrage pour mettre tout ça en pièces et de cette pourriture nourrir le monde qui vient, qui viendra tôt ou tard, évidemment.

J’aime beaucoup Marcela Iacub qui « milite » pour une République française démocratique et libertine ! Hey Maryssa, on s’organise une rencontre avec elle ?

 

Pour terminer, de Mon point de vue :

Il y a un grand texte de Théâtre dans ce livre et curieusement personne ne le voit et personne ne l’a vu ! Ah, les aveugles que voit Rose

Ce n’est pas par hasard, selon Moi, que l’on y trouve « dans la solitude des champs de coton » de Koltès (Je porte encore en Moi Patrice Chéreau et Pascal Gregory, seuls sur scène, entourés du public, pour ce dialogue entre le dealer et son client parfois soutenu par Massive Attack).

Question : qui va porter ce texte sur les planches ?

Qui ? M’sieur l’éditeur vous pouvez organiser ça ? Oui, sans même en changer un mot ou une phrase, juste incarner Rose, Alex et les autres personnages et pour la décence passer les activités sexuelles en narrations (de beaux enjeux de mise en scène, n’est-ce pas ?), J’ai dans l’idée qu’Olivier Py apprécierait Rose, le réel, la chair et l’intégrité du texte, mais son public… Je ne sais pas en fait… Bref.

Voilà, J’ai hâte au suivant et dernier ouvrage (de l’histoire de Rose) de Maryssa Rachel à qui Je dis humblement en le gueulant sur les toits de Paris : MERCI !

Maryssa, Je pense que ce livre est plus grand que toi, que Moi et que nous tous.

 

Bon, bref, ce n’est que l’avis d’Eros Power, faut pas lui demander d’écrire à l’eau de rose sauf à l’eau de Rose qui est un cocktail luminescent à base de cyprine, de sperme et de vin rouge.

Merci Maryssa, J’aime Rose.

1 COMMENTAIRE

  1. Lina, à voir la photo, tes fesses ont payé « cher » le fait de lire en premier Outrage.
    En tout cas, ce texte donne envie de lire le livre.

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