Dans le cadre de mes études, les professeurs nous mettent souvent en garde sur l’installation d’une relation de pouvoir nocive entre le professionnel et l’usager.

Récemment, nous avons donc été amené à travailler sur La dialectique du Maître et de l’esclave développée initialement par Platon, puis reprise par Hegel.

Ces philosophes sont partis du constat que le Maître commande l’esclave et que, en toute logique, l’esclave obéit donc au Maître.

Jusqu’ici ce constat me semble également applicable aux relations Maître/esclave connues dans le monde BDSM, n’est ce pas ?

Or, l’esclave dont nous parlons dans la dialectique obéit au risque de sa vie.
Il n’a pas le choix.

Si (comme moi) vous êtes quelque peu cyniques, vous penserez sûrement que l’esclave a tout de même le choix : il peut effectivement désobéir et mourir.

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Reprenons…
Comme je le disais, l’esclave obéit au risque de sa vie et n’a pas choisit ce mode de vie. Cette relation n’est pas librement consentie et là est, bien sûr, l’une des immenses différences avec le terme « esclave » entendu dans les relations D/s.

Hegel nous explique que le Maître ordonne à son esclave de produire des objets, des services, des savoirs,…Tant que le Maître est satisfait, il n’a aucune raison de mettre fin à cette relation.
L’esclave, lui, obéit sous la contrainte et la peur : il ne veut pas mourir.

Cela ne ressemble-t-il pas au schéma classique de l’aliénation ?

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Poursuivons le raisonnement…

Hegel tente de démontrer qu’en fait, grâce aux injonctions de son Maître et à force de répondre à ses ordres, l’esclave va développer du savoir et des savoirs-faire. Selon le philosophe, ceux-ci conduiront l’esclave à l’émancipation et l’émancipation brisera l’emprise du Maître.

Sommes-nous sûr que l’émancipation brise l’emprise du Maître ?
Ne peut- on pas supposer que l’émancipation (acquise grâce au Maître malgré lui) renforcerait plutôt un lien de dépendance ?
Finalement, l’esclave (en tant qu’objet nommé et reconnu par son Maître) ne prendrait-il pas plaisir à répondre à la demande du Maître (comme observé dans les relations D/s) ?

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Mais alors, où est la dialectique ?

Puisque l’esclave produit pour le Maître, celui- ci devient toujours plus étranger aux objets et services pouvant le satisfaire. Il devient donc étranger aux moyens de sa propre satisfaction.

Le Maître devient l’esclave de son esclave pour sa propre satisfaction.

La dialectique est respectée.

Cependant est-elle, dans une certaine mesure, applicable aux relations D/s librement consentie ?

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De manière plus générale, à mon sens, les esclaves de notre société ce sont les enfants, ce sont les immigrés, ce sont les personnes en situation de handicap (quel qu’il soit) qui doivent acquérir une forme d’émancipation par les savoirs.

Pourquoi ?
Se conformer aux attendus de la société et s’y inclure, ne pas être (trop) « déviants ».

Ce que nous enseigne pourtant la dialectique c’est que, finalement celui qui sait, c’est l’esclave.

Nous avons beaucoup à apprendre de nous-mêmes mais nous avons également beaucoup à apprendre les uns des autres.

Là est, selon moi, la richesse des relations humaines.

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