Republication d’un papier paru en juin 2010 et disparu depuis…

Bon maintenant que nous savons que la CIA conserve tout de ce qui se publie ici, j’aimerais bien qu’ils puissent me rendre mes post disparus….

C’est Andy Candy qui a attiré Mon attention sur ce film dont J’ignorais la sortie. Qu’elle en soit ici publiquement remerciée.

Je reprends ici le résumé qu’elle propose sur son blog que Je vous invite à parcourir… Nous n’avons pas les même points de vues sur un certains nombre de choses, ce qui rend les discussions vraiment intéressantes;-).

« Littéralement, la traduction de SM rechter est Le juge sado-masochiste. Inspiré d’une histoire vraie, ce film réalisé par Erik Lamens est sorti en mars 2009 sur les écrans belges. Il raconte comment Koen Allegaerts, un juge belge, s’est retrouvé sur le banc des accusés pour avoir été « le bourreau » de son épouse, Magda. Au bout de plusieurs années de mariage leur couple coulait lentement à la dérive et Magda devenait de plus en plus dépressive. C’est ainsi qu’après une thérapie elle a compris et avoué à son mari ses envies masochistes et son désir d’être dominée. Au départ réticent, Koen a finalement accepté de vivre et de faire vivre les fantasmes de sa femme. Peu à peu ils dépassent ainsi leurs limites et se retrouvent plus amoureux et passionnés que jamais. Mais un jour, lors d’une perquisition, la police tombe sur des vidéos SM les mettant en scène. A partir de là, la machine judiciaire se met en route et l’intimité du couple est jugée sur la place publique faisant passer Koen pour un tortionnaire et Magda pour une victime… »

Je n’ai pas à vous raconter quoi que ce soit du scénario au delà de ce résumé. Je Me suis abstenu de lire les interviews de Erik Lamens ou toute autre critiques avant de le voir et Je ne peux que V/vous inviter à faire de même…

Ma première reflexion en cours de film fut cette idée que quelques fois J’ai eu à l’égard d’histoire vraies transposées au cinéma ou en littérature…
Oui, parmi les livres qui Me marquent, beaucoup sont des témoignages vécus. En vrac et de tête, je peux vous citer « Pimp » de Iceberg Slim (proxénète noir dans l’amérique des années 40), « Putain » de Nelly Arcan (mais j’en ai déjà parlé ici suite à son décès prématuré)… Parmi les films ‘Into the wild’ le chef d’oeuvre de Sean Penn…. Bon enfin bref, ailleurs et plus tard J’en parlerais….

Bref, cette idée étrange & mystérieuse (qui Me ressemble bien 😉 que ces histoires vécues le furent pour être racontées plus tard, par les personnes même qui en furent les acteurs ou par un artiste tel qu’un auteur (littérature/théatre en pensant à BM Koltès par exemple) ou un cinéaste… Oui J’aime bien cette idée que ce qu’un homme vit permet à tous les hommes de le vivre… Ceci représente une grande part de Mon énorme et permanente curiosité naturelle et de Ma sensibilité…

Alors oui, ce que raconte le film est une réelle plongée dans nos désirs de vivre en accord avec nous même, en paix avec nous même et ce en dépit des conventions et des jugements à l’égard de ce que nous nous sentons être… Dans notre intimité entre adultes consentants puisque nous parlons de sexualité Sado Masochiste…

Le film est particullièrement bien réalisé, bien construit et superbement interprétée… Il est bon de noter que la performance de Veerle Dobbelaere, la comédienne principale, est remarquable, elle a joué sans doublure (à part qqs plans mais Je ne peux vous dire lesquels), dans le but d’une sincérité qui crève l’écran. Le scénario, rédigé en relation avec les véritables protagonistes, en plusieurs versions bien sur, est malin et parfaitement équilibré. Cela semble simple, mais c’est bien cela le cinéma : la simplicité et le pouvoir d’évocation sensible… Malin parce que Erik Lamens a su trouver la bonne distance face à son sujet (comme aux véritables personnages) permettant à chacun de questionner sa propre idée des enjeux de la situation (le SM face à la justice) et du sujet (la liberté sexuelle individuelle) en général.

Oui, il est évident comme le constate Lamens, qu’aujourd’hui, le fait ne serait plus jugé de la même manière. A l’époque, la justice belge est traumatisée par l’affaire Dutroux (et il y a de quoi), c’est pour partie une des raisons du verdict… Pour partie, sans déflorer le film il est clair que ce qui se joue là est bien le respect de la liberté de chacune des personnes qui s’adonnent au SM ou aux relations D/s dans leur intimité…

Oui, il est clair que si la justice devait condamner la pratique SM, il faudrait aussi condamner les boxeurs, les plasticiens, les alpinistes, les pilotes de rallye automobiles etc…  Mettre en danger la vie d’autrui ou mutiler son propre corps est la liberté fondamentale des adultes consentants (le co pilote de rallye, les spectateurs, le boxeur adversaire, le théatre extrème de Ron Athey par exemple, dont J’ai organisé la venue en France avec des amis il y a longtemps ;-)… Oui, mutiler son propre corps, Je pense aux circoncisions consenties, Je pense à Orlane, oui véritable liberté de chacun, bonjours les fumeurs, puisque par nature cette liberté s’étend au suicide… Et oui…

Le film porte de manière plutôt fine l’enjeu de la morale sociale et de la justice, de la norme sociale et de la place de la sexualité dans la société… Ah, ben, y a pas à dire… Y a du boulot…. On y trouve cette terrifiante affirmation : « les parents n’ont pas de sexualité » (au yeux des enfants)… On y trouve aussi la négation de l’autre par le système judiciaire qui, une fois les rôles définis des prévenus, n’écoute rien d’autres que ce qui sert ces à priori et l’on pense à l’Affaire Outreau en France, au délabrement criminel du système pénitentiaire français, au fichage effrayant (STIC) en cours de réalisation aujourd’hui…

Bref, toutes ces choses, lois, manœuvres, propos, décisions, qui nient à l’humain sa condition d’être pensant, volontaire, intelligent, autonome et responsable… N’être qu’un pion, un numéro dans cette société qui se moque, dans le monde du travail par exemple, de l’humain comme de la source des matières premières, en organisant le travail atomisé uniquement par la fonction, interchangeable par nature, l’homme n’est plus un homme, mais une fonction, s’il se suicide, sa fonction lui survivra et lui sera oublié, nié… Dans le monde de l’hopital (grands centres industriels responsables en France de 750 000 cas et 9 000 morts de maladies nosocomiales) l’humain n’est pas mieux considéré…. Les exemples sont si nombreux que la réflexion en devient vertigineuse, et les vertiges pourtant cela N/nous connait…  Aaahhh la société de surveillance… Mais qui surveille les surveillants ? Et qui édicte la norme sociale, et qui résiste et au nom de quoi et qui sera broyé ? Ah, que sont nos libertés en train de devenir ? Aahhh Qui sommes nous, des humains ? des numéros ? Sommes nous consentants ?

La négation de l’autre est un des aspects du film le plus évident, négation des adultes, des jeunes, comme du public par une justice aveugle et craintive… Et ce n’est pas le moindre paradoxe, parfaitement souligné et réalisé par Lamens, de montrer que dans le milieu SM et D/s, avec la prudence nécessaire (qui en l’occurence fait défaut ici dans un moment crucial) le respect, l’échange est une valeur fondamentale qui ne supporte aucune approximation. Comme dans le cas d’une foule d’autres activités comme guide en montagne, moniteur de quad ou d’équitation qui saura ne pas vous mettre débutant sur un pur sang par négligence ou par bétise… La prudence est mère de sureté….  L’aviation, le nautisme, la cueillette des champignons ne supportent pas non plus la moindre approximation…..Bla bla bla bla….

C’est bien le respect de soi, de la connaissance de soi, de l’engagement à vivre ce que l’on souhaite vivre au plus profond de nous même qui est au cœur du film et en cela oui, ce film est indispensable à qui s’intéresse aux relations SM, D/s et leur place dans notre société…J’affirme même que ce film concerne quiconque s’intéresse à la place de N/nos libertés dans notre société…

J’aime quand un film de cinéma est plus grand que son sujet… Kubrick, Winterbottom, Kosminski, Ford, Lang etc…  Certes et bien sur, Lamens M’en voudrait de joindre son nom à ceux là et il aurait raison, cependant, le film est bien ficelé, et ceci suffisamment pour toucher le public avec les bonnes questions permettant à chacun de se positionner librement… Les personnages principaux comme les secondaires sont parfaitement à leur place avec un véritable épaisseur, le récit progresse rapidement sans parti pris et la réal objective du film (moyens et choix d’adaptation) est parfaite…

Voilà, J’en profite pour dire que Je mène une reflexion l’évolution de Mon blog…. Il est possible que Je créé un nouveau blog essentiellement constitué de Mes réflexions sur ces sujets et que Je laisse celui çi uniquement consacré aux films que Je trouve ici ou là… Je réfléchis….

Bon film

www.vivresm.com

5 COMMENTAIRES

  1. Bonjour
    J’adhère totalement avec votre appel pour une unicité de la personne humaine, une singularisation de chaque être humain. Bravo.
    Mais quand vous dites « il faudrait aussi condamner les boxeurs, les plasticiens, les alpinistes, les pilotes de rallye automobiles », je me permets de vous faire remarquer qu’ils sont souvent condamnés lorsque leur activité entraîne des dommages. Ces activités, de plus en plus encadrées au fil des années, se déroulent dans des cadres légalement organisés… dans le domaine public. La pratique du BDSM relève de la vie privée (encore que les blogs, les sites !) dans un domaine où s’impose souvent la loi du plus fort. Doit-on totalement fermer les yeux sous prétexte que chaque individu a droit au respect de la vie privée ? Doit-on encadrer cette pratique? Le cravachomètre reste à inventer ! Un contrat ? Utopique !
    La contrainte commence où finit le consentement. Dans le BDSM (pas le pan-pan cul-cul) on est souvent sur cette frontière. Limite infranchissable par des êtres intelligents et respectueux les uns des autres. Vous remarquerez que nous ne sommes plus là dans le mesurable mais dans la subjectivité des qualités humaines. Mais il y a aussi des gens frustres, déséquilibrés, intéressés.
    Je n’ai évidemment pas de conclusion ni de recette.
    J’aimerais bien pouvoir discuter un jour de tout cela avec vous.
    Cordialement
    Domidee

  2. Merci beaucoup Domidee, vous n’avez pas laisser votre intelligence au vestiaire ! Ca fait du bien.

    Merci de cette finesse, c’est avec plaisir, donc, que nous poursuivrons cette conversation en vrai lors d’une prochaine fois !

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